dimanche 17 janvier 2010

Sé neg ki libéré neg!


Haïti.
La violence du choc, des images, des hurlements. L'horreur absolue.

La colère devant les commentaires de certains : Eric Zemmour sur iTélé qui renvoie les Haïtiens à leur propre incompétence.

L'incrédulité face aux propos du président sénégalais Abdoulaye Wade qui propose qu'on crée un nouveau pays en Afrique pour le peuple haïtien.

Le drame de ce pays que certains semblent découvrir me renvoie à quelques souvenirs, en France, de ma découverte d'Haïti. De mon rapport à la créolité, à la francophonie, à la mémoire de l'esclavage. A cette étrangeté si proche qui doit interroger chaque citoyen de la République dans son rapport à l'autre, à sa propre histoire, à soi-même.

Année scolaire 2004-2005, dans une salle des maîtres d'une école publique parisienne. Nous évoquons le cas d'un élève arrivé assez récemment de Port-au-Prince après avoir perdu son père dans des circonstances inconnues de nous, extrêmement violent, en grande difficulté scolaire. La psychologue tente de dresser un profil. Les enseignants tentent d'avancer des dispositifs pédagogiques pour y remédier. Et l'assistante sociale de couper court à toute discussion : "on ne peut rien faire, ces gens-là pratiquent le vaudou, il n'y a aucune rationalité. Il n'a rien à faire ici.". Je passe les détails sur la discussion plus que houleuse qui s'ensuivit.

Et qui me rappela la lecture d'un torchon de polar à peine rédigé de la collection SAS, trouvé au hasard de mes orgies de lectures un été quelques années avant. Pêle-mêle les Tontons-macoutes, le racisme haineux machiste et misogyne du mec qui avait osé pondre des descriptions de Port-au-Prince et de la société haïtienne en tous méconnaissance et mépris de la culture du pays et de son histoire.

Alors, comme bien souvent dans des moments de crise identitaire et de doute politique - sur ma position de citoyenne de la République de France et le sens de notre engagement collectif - le retour à la complexité limpide des textes s'impose.

Et c'est la lecture de Dany Laferrière, immense écrivain et intellectuel haïtien, réchappé du séisme, qui peut nous faire comprendre la subtilité de Haïti, loin des clichés et des anathèmes de tous bords. Qui refuse que l'on parle de "malédiction haïtienne".

Dans Pays sans chapeau (Le serpent à plumes, ed. motifs) l'auteur redécouvre son pays natal après vingt ans passés à Montréal. "J'écris tout ce que je vois, tout ce que j'entends, tout ce que je sens. Un vrai sismographe".

Alors, lisez. Le cri des oiseaux fous, ou encore Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer...

Découvrez une société riche de cultures, complexe, pleine d'énergies et de ressources, mais aussi martyrisée par l'histoire, noyée sous les coups du capitalisme mondial, à genoux avant même ce tremblement de terre.

Mais qui se relèvera, avec notre aide, malgré notre aide. C'est ce que j'espère. Sans autre foi que l'espoir dans notre courage pour construire un monde meilleur.

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